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La guerre à la drogue, une maladie systémique du contrôle social

  • Alessandro Stella, directeur de recherche au CNRS (TH) ( CRH )

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2e jeudi du mois de 17 h à 20 h (salle M. & D. Lombard, 96 bd Raspail 75006 Paris), du 14 novembre 2019 au 14 mai 2020. La séance du 12 décembre se déroulera dans l'amphithéâtre François-Furet (105 bd Raspail 75006 Paris)

La locution aujourd’hui classique de « guerre à la drogue », dérivée de la phrase prononcée par Richard Nixon à la tribune des nations Unies le 21 juin 1971, n’est pas une simple figure de style. Depuis un demi-siècle, tous les éléments constitutifs du conflit armé ont été mis en place et utilisés contre des groupes sociaux, des communautés villageoises et quelque fois des Etats, dans le but proclamé d’éradiquer la consommation des substances désignées par la convention unique de 1961 modifiée par le protocole de 1972.

Curieusement cette guerre, publiquement revendiquée, a toujours été dissimulée derrière l’alibi de considérations sanitaires et morales, au point de masquer totalement des réalités de terrain essentiellement répressives et systématiquement dirigées contre des groupes sociaux minoritaires et suspects politiquement. Ces réalités sont d’autant plus difficiles à dissimuler qu’elles sont régulièrement revendiquées par les différents appareils coercitifs mis en place par la « lutte contre la drogue ». Peu de jours se passent sans que dans le monde un service de police ne revendique une « prise du siècle » ou qu’un gouvernement ne se félicite de l’éradication d’un réseau de trafiquants. Aujourd’hui encore aux Philippines ou au Brésil, des chefs d’États se félicitent ouvertement des opérations de guerre menées par leurs forces armées à l’encontre de populations jugées complices du « fléau de la drogue ».

Les millions de personnes incarcérées, les milliers de condamnés à mort, les dizaines de milliers de tués dans des opérations de polices, les milliards de dollars investis dans l’appareil militaro-policier sont rarement l’objet d’un étude systématique cohérente qui prendrait comme centre de gravité une belligérance revendiquée comme telle. À l’inverse, la littérature savante comme la grande presse débordent de réflexions sur les objectifs sanitaires des politiques des drogues, peu ou pas suivies d’effets en terme de budgets ou d’investissement humains sur le terrain. Cette disproportion entre les deux composantes de la lutte contre la toxicomanie, la délinquance d’un côté et le soin de l’autre, mérite que l’on s’attarde plus systématiquement à décortiquer les ressorts, les mécanismes, les structures multiples de la guerre à la drogue.

Ce séminaire a pour but de livrer à la réflexion la belligérance déclarée à l’objet « drogue », objet lui-même susceptibles d’interprétations relativistes. Nous allons donc présenter plusieurs facettes de cette « guerre à la drogue » racontée par les acteurs, par les victimes, et commentée pour une fois en dehors de toute considération sanitaire. Plus précisément nous allons aborder les politiques de soin en les incluant dans un dispositif général de répression qui éclairent réflexivement l’appareil médical sous l’angle du contrôle social.

Suivi et validation pour le master : Bi/mensuel annuel (24 h = 6 ECTS)

Mentions & parcours :

Domaine de l'affiche : Anthropologie historique

Intitulés généraux :

Direction de travaux d'étudiants :

oui.

Réception :

sur rendez-vous.

Niveau requis :

aucun.

Adresse(s) électronique(s) de contact : alessandro.stella(at)ehess.fr

Dernière modification de cette fiche par le service des enseignements (sg12@ehess.fr) : 19 juillet 2019.

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