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Base de données des enseignements et séminaires de l'EHESS

Pragmatisme et conflictualité. La critique des pouvoirs en régime de controverse

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

1er et 3e vendredis du mois de 11 h à 13 h (salle 8, 105 bd Raspail 75006 Paris), du 15 novembre 2019 au 19 juin 2020

La sociologie pragmatique des transformations étudie les processus par lesquels des acteurs font surgir de nouvelles causes dans l’espace politique. Résumée sous l’expression de balistique sociologique, cette approche a enrichi l’analyse des processus critiques, conçus comme des échangeurs entre rapports de forces et formes de légitimités. Le cœur de cible de cette sociologie a longtemps été formé par les trajectoires des causes collectives, notamment dans les champs environnementaux, sanitaires ou technologiques. Qu’il s’agisse de changement climatique ou de biodiversité, d’énergie nucléaire ou de gaz de schiste, d’OGM, de nanotechnologies ou de pesticides, de pollution atmosphérique ou de champs électromagnétiques, on voit s’affronter des porteurs de promesses technologiques, des milieux d'expertise, des lanceurs d’alerte et des mouvements critiques, capables d’étendre les registres de la contestation mais aussi de forger des alternatives. Au coeur des champs de forces qui se dessinent, des régulateurs et des acceptologues sont à l’œuvre, en puisant dans le répertoire constamment renouvelé des procédures de concertation ou de débat public.

Les enquêtes pragmatiques changent de modalités lorsqu’on se situe en amont des figures publiques de controverse et de conflit. À partir de l’étude des relations d’emprise et de leur transformation graduelle, souvent silencieuse, le séminaire prolongera l'étude des formes d'influence et d’anticipation stratégique, ainsi que les bifurcations et les ruptures à partir desquelles s’élaborent et se transforment des jeux de pouvoirs. Les processus critiques se déploient sur de multiples scènes et sont inégalement accessibles à l’observation ou au dévoilement. Au-delà de l’enregistrement des prises de position publiques, il convient de doubler l’analyse des actes de protestation et des procédés argumentatifs par l’examen des façons de lier, ou de se lier, dans des milieux en interaction. Comment saisir à la fois la production de liens d’intérêts ou de jeux d'interdépendances élaborés au fil du temps, peu visibles dans les dispositifs publics, et les capacités de mobilisation, de coalition ou d’alliance, rarement réductibles à un modèle d’alignement fondé sur l’intérêt bien compris ou sur des valeurs universdalisables ? Pour fortifier leurs perceptions et leurs interprétations, les acteurs se nourrissent continûment des productions des sciences sociales, et en particulier des théories du pouvoir, des modèles de légitimité et d'action publique, ce qui a des effets en retour sur les joutes académiques – comme c’est souvent le cas à propos de l’« expertise », de la place des « lanceurs d’alerte », de la « démocratie participative », des formes de « prospective » ou d’« acceptabilité sociale des risques ». Que les protagonistes s’opposent frontalement ou optent pour une logique de coopération, la dynamique des conflits rend visibles toutes sortes d’opérations interprétatives, d’agencements et de pratiques. Des épreuves marquantes rendent manifestes des tensions, des contradictions et des points de rupture qui contrarient bien souvent les propositions de monde commun.

Tout en poursuivant le fil des alertes, des crises et des catastrophes, le séminaire approfondira la fabrique des différentes scénarisations du futur, avec une attention particulière aux jeux d'échelle. Les controverses autour des entités numériques ou artificielles seront traitées comme les autres dossiers sociotechniques, en étant pensés en rapport avec des formes de vie et des points de recoupement ou d'articulation avec le monde sensible. Par-delà le jeu des utopies et des dystopies, la confection critique des visions du futur pèse sur la portée des disputes et des différends, contribuant à l’ouverture ou à la fermeture des possibles. Si des versions téléologiques s'opposent en gagnant en puissance d'expression, les processus collectifs témoignent d'une profonde indétermination du sens de l’histoire, indétermination sur laquelle prend forme toute expérience démocratique. Comme l'ont montré les multiples mouvements sociaux inédits qui ont marqué la dernière décennie, on ne peut jamais prédire ni clore par avance la portée d'un processus critique. Comprendre les ouvertures d’avenir et les prises, individuelles ou collectives, sur ces processus, c’est entendre le pragmatisme sociologique comme un programme fort, capable de saisir la multiplicité des expériences et des milieux, dont l’irréductibilité foncière ne cesse de s’imposer à l’enquête.

Programme :

15 novembre 2019 : Francis Chateauraynaud et Jean-Michel Fourniau (GSPR) « Introduction : Pragmatique des transformations : des controverses publiques aux relations d'emprise, et retour » (début)

6 décembre 2019 : Francis Chateauraynaud et Jean-Michel Fourniau (GSPR), « Introduction : Pragmatique des transformations : des controverses publiques aux relations d'emprise, et retour » (suite)

20 décembre 2019 : Francis Chateauraynaud et Fabrizio Li Vigni (GSPR, EHESS), « Sociologies pragmatiques et sciences de la complexité. Convergences et divergences »

17 janvier 2020 : Frédéric Vandenberghe (U. fédérale de Rio), « Le réalisme critique. Une ontologie pour la sociologie »

7 février 2020 : Martin Denoun (GSPR) : « Des difficultés d’avenir. Le futur du nucléaire à l’aune des réacteurs à neutrons rapides »

21 février 2020 : Jean-Michel Fourniau (GSPR), « Expérimentation et démocratie : retour sur la convention citoyenne pour le climat et le "grand débat national" »

6 mars 2020 : Xavier Guchet (UTC) : « La médecine personnalisée : promesses et critiques »

20 mars 2020 : Jérôme Boissonade (LAVUE, Université du Littoral), « En-deçà de la critique, expériences de la déprise dans les mondes urbains »

3 avril 2020 : Jacques Lolive et Cyntia Okamura (CNRS & CETESB, Sao Paulo), « Des communautés exposés aux risques technologiques dans l'état de Sao Paulo. Quand la recherche académique contribue à produire des normes réglementaires »

15 mai 2020 : Stéphane Tonnelat (LAVUE) « Non à Europacity, lutter avec confiance »

5 juin 2020 : Michel Grossetti (EHESS, Toulouse), « Matière sociale . Un essai d'ontologie robuste pour les sciences sociales »

19 juin 2020 : Robin Dianoux (GSPR) : ‘La fabrique de la compensation environnementale en Colombie: ethnographie d’une autorité environnementale’

Suivi et validation pour le master : Bi/mensuel annuel (24 h = 6 ECTS)

Mentions & parcours :

Domaine de l'affiche : Sociologie

Intitulés généraux :

  • Francis Chateauraynaud- Modèles sociologiques pour l’analyse des processus de mobilisation
  • Renseignements :

    pour tout renseignement sur le suivi du séminaire, contacter Stéphanie Taveneau par courriel : stephanie.taveneau(at)ehess.fr,

    Direction de travaux d'étudiants :

    direction de travaux d'étudiants : les 1er et 3e vendredis du mois sur rendez-vous entre 15 h et 19 h.

    Réception :

    par courriel ou sur rendez-vous sur demande spécifique, les 1er et 3e vendredis du mois entre 15 h et 19 h.

    Niveau requis :

    master 1 ou équivalent.

    Site web : http://www.gspr-ehess.com/

    Site web : http://concertation.hypotheses.org/

    Adresse(s) électronique(s) de contact : chateau(at)ehess.fr, jean-michel.fourniau(at)ifsttar.fr

    Dernière modification de cette fiche par le service des enseignements (sg12@ehess.fr) : 25 novembre 2019.

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