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Anthropologie politique de la mémoire. Usages postcoloniaux du colonial : regards croisés entre Inde et Afrique

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

Vendredis de 10 h à 13 h (Campus Condorcet, Cours des Humanités 93300 Aubervilliers), les 18 octobre, 8, 15, 22 et 29 novembre, 6, 13 et 20 décembre 2019. Cf. le détail des salles dans le descriptif

Ce séminaire vise à explorer les pratiques mémorielles et les usages du passé pour l’action politique, au sens large d’engagement dans la vie publique. Cette année, il s’attachera à la présence du colonial au cœur du postcolonial et du décolonial. Des représentations de l’Autre et de soi fabriquées sous le colonialisme affectent toujours les sociétés d’aujourd’hui, que ce soit de façon implicite et peu réflexive, ou avec une mise à distance et une critique argumentée qui permettent de tenter de les contrer ou de les détourner.

Dans cette optique, l’analyse des intentions actuelles (politiques, cérémonielles, scientifiques, artistiques, patrimoniales, etc.) de transcender la condition de la soumission d’autrefois, de renverser ses stigmates et de s’affranchir d’une intimité culturelle avec le colonisateur constituera le thème commun aux études que nous envisageons de discuter. Ces représentations sont appuyées sur des paroles, des objets, des écrits, des images ou encore des sons produits pendant le passé de la domination européenne qui constituent ce que l’on nomme parfois « l’archive coloniale ». Il ne s’agira donc pas de « provincialiser » l’Europe (D. Chakrabarti), mais plutôt d’interroger les héritages contemporains significatifs d’une durée décoloniale encore en cours et en devenir. L’existence d’une telle durée est à l’œuvre à travers diverses formes d’adhésions à une doxa, des dénégations, des antagonismes et des anachronismes qui actualisent et transforment constamment le temps désormais révolu de la colonisation et pourtant encore agissant dans les consciences.

Le séminaire traitera tout particulièrement des formes commémoratives, muséales, théâtrales, éditoriales et littéraires de mise en scène des «origines» qui répètent des narrations qui les ont précédées mais qu’elles transforment aussi sans cesse. Dans ce cadre, nous analyserons des contextes dans lesquels des écrits, des images ou des sons ont été intégrés et interprétés non seulement comme des vecteurs de transformation sociale, mais aussi comme des sources mémorielles, faisant d’eux des sortes d’«archives ordinaires». Nous étudierons ainsi diverses productions savantes (ethnologiques, sociologiques, historiques, etc.), fictionnelles (littéraires et filmiques), de vulgarisation ou de propagande (coloniale, missionnaire, patrimoniale), à travers leurs effets de réception et leurs élaborations créatives à des échelles locales et globalisées. Le séminaire a également pour ambition de contribuer à un questionnement épistémologique sur la notion d’archive(s) utilisée pour subsumer les matériaux de l’époque coloniale transformés en objets d’histoire et de mémoire.

Dans une perspective comparative et de décloisonnement des aires culturelles, le séminaire croisera les regards sur les mondes africains et indiens, permettant ainsi de faire émerger des problématiques similaires à ces espaces, tous deux pris dans le colonialisme, ou de révéler des spécificités liées à leurs diverses trajectoires historiques ainsi qu’aux cadres des empires concernés. Conjointement aux interventions assurées par les responsables du séminaire, des chercheurs extérieurs venus de différentes disciplines des sciences sociales – mais principalement issus de l’anthropologie, la sociologie ou la littérature et les arts – seront invités à présenter leurs travaux sur les mémoires postcoloniales du colonial à partir d’études de cas circonscrites.

PROGRAMME 2019-2020

18 octobre (salle 0.017, Bâtiment Recherche Sud)

  • Présentation du séminaire par Gaetano Ciarcia (CNRS, IMAF) et Raphaël Rousseleau (Université de Lausanne, CEIAS)
  • Jean-Luc Paul (Université Antilles, IMAF) : De la conservation aristocratique à la conservation marchande. Continuités et ruptures des politiques de conservation de la Nature en Tanzanie, un point de vue ethnographique.
  • Claire Médard (IRD, URMIS) : Diviser pour mieux régner ? L’héritage controversé des frontières intérieures coloniales au Kenya.

8 novembre (salle 0.010, Bâtiment Recherche Nord)

  • Marie-Aude Fouéré (EHESS-IFRA, IMAF) : De l’« archive » de Jacques Derrida aux « archives postcoloniales » en Afrique du Sud.
  • Anne-Julie Etter (Université de Cergy-Pontoise, AGORA) : Du colonial au postcolonial : regards sur les pratiques et les savoirs archéologiques en Inde.

15 novembre (salle 0.018, Bâtiment Recherche Sud)

  • Florence Bernault (Science Po, CERI) : Fétiche ou Pharmakon ? Histoire du médicament au Gabon.
  • Maxime de Formanoir : (Université Libre de Bruxelles, LAMC) : Un art « disparu » ? Écrire l'histoire de l'art de l'Afrique équatoriale atlantique. 

22 novembre (salle 0.010, Bâtiment Recherche Nord)

  • Anne Doquet (IRD, IMAF) : L’« identité dogon » au fil du temps : constructions ethno-touristiques et rapport à l’Etat malien. 
  • Éric Jolly (CNRS, IMAF) : Les usages de l’ethnologie griaulienne : de la fabrication d’une « tradition » à la valorisation des identités dogon, malienne et africaine. 

29 novembre (salle 0.018, Bâtiment Recherche Sud)

  • Nicolas Nercam (Université Bordeaux Montaigne, MICA) : Héritages coloniaux et développement contemporain d’un activisme artistique en Inde.
  • Johan Krieg (Université Paris Nanterre, LESC) : D'hier à aujourd'hui : la vie ascétique dans ses différentes modalités à Rishikesh (Inde du Nord).

6 décembre (salle 0.018, Bâtiment Recherche Sud)

  • Hélène Kessous (EHESS, CNRS, CEIAS) : La couleur de la peau dans les cinémas indiens et dans le cinéma colonial.
  • Annaël Le Poullennec (IMAF) : Dystopie post-apartheid et imageries coloniales : mémoires et représentations de l’altérité dans District 9 (Neill Blomkamp, 2009).

13 décembre (salle 0.010, Bâtiment Recherche Nord)

  • Francis Mobio (Université de Lausanne) : Gardner, Forest of Bliss (Bénares) : un film sur le sensible ou un imaginaire colonial ?
  • Anne-Violaine Houcke (Université Paris Nanterre, HAR) : Pasolini, l'Afrique, la Grèce : Je est un autre.

 20 décembre (salle 0.018, Bâtiment Recherche Sud)

  • Damien Mottier (Université Paris Nanterre, HAR) : Léon Poirier hier et aujourd'hui : une mémoire cinématographique des mondes africains en situation coloniale.
  • Anna Seiderer (Université Paris 8, EPHA) : Re-mont(r)er l’histoire. Pratiquer les images coloniales.

Aires culturelles : Afrique, Inde,

Suivi et validation pour le master : Hebdomadaire semestriel (24 h = 6 ECTS)

Mentions & parcours :

Domaine de l'affiche : Anthropologie sociale, ethnographie et ethnologie

Intitulés généraux :

  • Marie-Aude Fouéré- Anthropologie des pratiques non savantes de l'archive en Afrique
  • Direction de travaux d'étudiants :

    Marie-Aude Fouéré : master uniquement ; Gaetano Ciarcia : master et doctorat.

    Réception :

    sur rendez-vous par courriel.

    Niveau requis :

    master, doctorants, chercheurs.

    Adresse(s) électronique(s) de contact : marie-aude.fouere(at)ehess.fr, ciarcia.gaetano(at)wanadoo.fr

    Dernière modification de cette fiche par le service des enseignements (sg12@ehess.fr) : 25 septembre 2019.

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