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Base de données des enseignements et séminaires de l'EHESS

Lundis du CRH

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

1er lundi du mois de 14 h à 17 h (salle AS1_08, 54 bd Raspail 75006 Paris), du 4 novembre 2019 au 4 mai 2020 La séance du 3 février se déroulera en salle BS1_05 (même horaire, même adresse)

Le Centre de recherches historiques est l'un des plus importants lieux de production historique en Europe. Chaque premier lundi du mois, lorsque cela est possible, les travaux récemment publiés d'un ou plusieurs membres du CRH sont présentés par les auteurs et discutés par leurs collègues historiens ou non. Il s’agit d’un séminaire de veille historiographique et d'actualité historique, puisque qu'on y débat de la production la plus récente. Il consiste en ce sens en un séminaire de familiarisation à la discussion scientifique en sciences sociales.

Programme :

Lundi 4 novembre 2019 : Judith Lyon-Caen, La griffe du temps. Ce qui l'histoire peut dire de la littérature, Paris, Gallimard - collection NRF Essais, 2019.

Aux devantures des librairies, on ne compte plus les ouvrages d'historiens réfléchissant à leur rapport avec la littérature. Doivent-ils en faire une source de leur savoir, mais en contextualisant la fiction depuis leur surplomb, au risque de ne pas faire mieux que l'histoire littéraire et manquer ce que fait la littérature ? Ou bien recourir à l'écriture de la fiction, quitte à s'installer prosaïquement dans l'entre-deux-genres d'une classique monographie ? Judith Lyon-Caen propose une aventure plus ambitieuse : à partir d'une nouvelle de Jules Barbey d'Aurevilly, "La vengeance d'une femme", elle part de ce qu'est la littérature : une expérience d'être au monde, pour mesurer l'éclairage que sa discipline peut apporter à la mise en écriture romanesque. Ainsi de ces myriades d'objets, de parures, de rues et boulevards ou de lieux parisiens dont la description a pour fonction d'attester la réalité du récit : l'historien décrypte ces traces du temps, que ce soit le temps de la rédaction ou celui de l'action du récit, en retrouve l'origine, réfléchit à la manière dont le romancier en a été affecté. Une invitation à apprendre à mieux lire ce que fait la littérature et ce que fait un romancier.

  • La séance sera animée par Thomas Le Roux, avec les discussions d'Antoine Lilti (CRH), Nicolas Adell (Université de Toulouse) et Claude Millet (Université Paris Diderot)

Lundi 2 décembre 2019 : Florence Hachez-Leroy, Menaces sur l’alimentation. Emballages, colorants et autres contaminants alimentaires, XIXe-XXe siècle, Tours, Presses Universitaires François Rabelais, 2019

Comment la science et l’industrie se sont-elles invitées à notre table ? À la croisée des cultures de l’alimentation et de la toxicologie, ce livre interroge l’histoire du risque alimentaire et de ses acteurs, au travers de cas emblématiques tels que l’arrivée progressive des colorants, de la cellophane, ou encore de la levure chimique. Comment les contemporains ont-ils perçu les dangers possibles ? Comment construire la confiance des consommateurs ? Quels sont les mécanismes des controverses et leur influence sur la mise en place d’une régulation aux échelles nationales puis globales ? Quelle a été la capacité des États à gouverner les techno-sciences ? Autant de questions nourries de l’histoire et la sociologie des sciences et des techniques, de la santé et de l’environnement, de la consommation et de la recherche médicale, à la croisée d’une grande diversité de mondes sociaux.

  • La séance sera animée par Thomas Le Roux, avec les discussions de Jean-Baptiste Fressoz (CRH), Martin Bruegel (INRA-EHESS-CMH) et Jean-Noël Jouzel (Sciences-Po Paris)

Lundi 6 janvier 2020 : Morgane Labbé, La nationalité, une histoire de chiffres. Politique et statistiques en Europe centrale (1848-1919), Paris, Presses de Sciences Po, 2019.

Lorsque l'historien consulte les archives administratives du XIXe siècle, il découvre avec étonnement de longues séries de chiffres sur les nationalités, les langues, les religions, comme autant de tableaux d’une Europe disparue. Il constate la précision des enregistrements des minorités et relève que ce travail bureaucratique méticuleux protégeait autant leurs droits qu’il dessinait le cadastre des minorités nationales et confessionnelles bientôt expulsées, assimilées, persécutées. À partir de l’exemple de la Pologne, territoire alors partagé entre la Prusse, la Russie et l’Autriche-Hongrie, l’auteure démontre que le recensement des populations, l’édification de cartes, le choix de critères démographiques, linguistiques et confessionnels ont servi des projets politiques plus divers que la littérature historique ne l’a longtemps laissé supposer. C’est ainsi qu’en 1919, par un retournement de l’histoire, les statistiques démographiques officielles des trois empires annexionnistes, réappropriées tant par les opposants polonais que par les experts de la Conférence de la paix, ont contribué à l’édification d’un nouvel État polonais. 

Lundi 3 février 2020  (salle BS1_05, 54 bd Raspail 75006 Paris) : Antoine Lilti, L'héritage des Lumières. Ambivalences de la modernité, Paris, Editions de l'EHESS, 2019

Les Lumières sont souvent invoquées dans l’espace public comme un combat contre l’obscurantisme, combat qu’il s’agirait seulement de réactualiser. Des lectures, totalisantes et souvent caricaturales, les associent au culte du Progrès, au libéralisme politique et à un universalisme désincarné. Or, comme le montre ici Antoine Lilti, les Lumières n’ont pas proposé une doctrine philosophique cohérente ou un projet politique commun. En confrontant des auteurs emblématiques et d’autres moins connus, il propose de rendre aux Lumières leur complexité historique et de repenser ce que nous leur devons : un ensemble de questions et de problèmes, bien plus qu’un prêt-à-penser rassurant. Les Lumières apparaissent dès lors comme une réponse collective au surgissement de la modernité, dont les ambivalences forment aujourd’hui encore notre horizon. Partant des interrogations de Voltaire sur le commerce colonial et l’esclavage pour arriver aux dernières réflexions de Michel Foucault, en passant par la critique postcoloniale et les dilemmes du philosophe face au public, L’Héritage des Lumières propose ainsi le tableau profondément renouvelé d’un mouvement qu’il nous faut redécouvrir car il ne cesse de nous parler.

Lundi 2 mars 2020 : Nancy L. Green, The Limits of Transnationalism, Chicago, The University of Chicago Press, 2019.

L’engouement pour le transnational ne tarit pas, avec de bonnes raisons, mais The Limits of Transnationalism propose de nuancer notre enthousiasme en rappelant les empêchements, les difficultés, et les rapports de force qui font aussi partie d’une histoire d’échanges et de circulations. Le transnationalisme peut impliquer la traversée des frontières physiques ou des frontières intellectuelles.  Pour les historiens, il est à la fois une perspective de recherche ainsi qu’une recherche de transnationalismes passés, qu’il s’agit du mouvement des idées, des matières primaires, ou des gens.  Ce livre cherche à questionner ce « moment transnational » – qui accompagne le langage sur la globalisation depuis la fin du XXe siècle – en particulier en ce qui concerne les migrations, de manière historique et historiographique.  Malgré la « nouveauté » du phénomène initialement postulé par les anthropologues, la longue histoire du transnationalisme des migrants ne fait pas de doute.  Or, mettre l’accent sur une certaine héroïsation de l’agent transnational, capable de saisir l’occasion et mobiliser les réseaux a fait oublier les entraves.  Si l’accent mis sur le transnational a permis de sortir d’une historiographie ancrée dans le sturm und drangdes expériences migratoires, il a peut-être induit une vision par trop optimiste de la capacité d’action individuelle.

  • La séance sera animée par Thomas Le Roux, avec les discussions de Jocelyne Dakhlia (CRH), Cecilia d'Ercole (EHESS) et Laurent Jeanpierre (Université de Paris 8).

Intitulés généraux :

Centre : CRH - Centre de recherches historiques

Renseignements :

auprès des responsables du séminaire par courriel.

Site web : http://crh.ehess.fr/index.php?3610

Adresse(s) électronique(s) de contact : tleroux(at)ehess.fr, beatrice.delaurenti(at)ehess.fr

Dernière modification de cette fiche par le service des enseignements (sg12@ehess.fr) : 5 février 2020.

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