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Base de données des enseignements et séminaires de l'EHESS

Séminaire d’anthropologie américaniste (SAA)

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

Vendredi de 10 h à 12 h (FMSH, Maison Suger, 16-18 rue Suger 75006 Paris), les 15 novembre, 13 décembre 2019, 17 janvier, 28 février, 20 mars, 24 avril, 15 mai et 19 juin 2020. La séance du 20 mars se déroulera en salle M. & D. Lombard, 96 bd Raspail 75006 Paris. Les séances des 24 avril, 15 mai et 19 juin 2020 se dérouleront en salle 4 (105 bd Raspail 75006 Paris)

Ce séminaire est organisé par des anthropologues américanistes de trois laboratoires : Anath Ariel de Vidas du Centre de recherches sur les mondes Américains (CERMA) du laboratoire Mondes américains (EHESS-CNRS), Isabelle Daillant du Centre d’enseignement et recherche en ethnologie amérindienne (EREA) du Laboratoire d’ethnologie et de sociologie comparative (LESC-Université Paris Nanterre-CNRS) et Andrea-Luz Gutierrez Choquevilca du Laboratoire d’anthropologie sociale (EHESS-CNRS-Collège de France).

Il propose une réflexion sur les débats contemporains de l'anthropologie américaniste portant sur des sociétés amérindiennes, en croisant les perspectives de l'ethnographie, de l'histoire, de la politique, de l'économie, de la linguistique ou de l'ethnomusicologie. Alternant des aires géographiques et des contextes culturels diversifiés, il ouvre un espace de discussion entre enseignants-chercheurs, chercheurs et étudiants autour de recherches en cours. Sont ainsi exposées dans ce séminaire des thématiques variées touchant au rituel, à l’organisation sociale, aux changements sociaux et religieux, aux politiques publiques, aux processus de transformation des sociétés et de construction des savoirs.

Programme :

15 novembre 2019 : Majoi Gongora (CEstA Centre d’études amérindiennes– Université de Sao Paulo) "Extensions de la personne : soins et dangers liés à la documentation et à la circulation de chants chez les Ye'kwana (Amazonie brésilienne)"

  • Discutant : Olivier Allard (EHESS)

Dans cette présentation, j'analyse les expériences récentes des Ye'kwana de la région d'Auaris avec les « projets de sauvegarde et de valorisation culturelle ». Je me consacre en particulier aux travaux de documentation menés au Museu do Índio (Rio de Janeiro, Brésil) depuis 2017 et aux implications cosmo-pratiques de la production de collections documentaires à partir des enregistrements audiovisuels et sonores. Dans ce projet visant à documenter les chants acchudi et ädeemi, les Ye'kwana se sont mis au défi d'enregistrer des connaissances dont la transmission intergénérationnelle est compromise, tout en ayant des régimes de circulation spécifiques. Dans la perspective ye'kwana, prendre soin des chants c’est, entre autres choses, contrôler sa diffusion. J'aborderai la complexité de ces initiatives qui suscitent une réflexion critique sur la production et la diffusion d'enregistrements audiovisuels et sonores. L’aspect le plus remarquable est que l'enregistrement de la performance d'un « maître de chant » (acchudi edhaajä) capture son « double » (äkaato) qui constitue non seulement l'un des éléments constitutifs de sa vitalité, mais aussi une extension de son intelligence/sagesse (sejje). Le caméscope et l’enregistreur audio sont perçus comme des technologies de capture ou dispositifs qui « saisit » les aspects vitaux et l’intelligence d’une personne. De tels enregistrements, stockés sur différents supports, peuvent facilement être diffusés et emportés jusqu'aux confins du monde et servent ainsi de moyens de dispersion de la vitalité de la personne, entraînant l’oubli et l’affaiblissement. Plus la dispersion de ses extensions est grande, plus elle est vulnérable aux divers êtres non humains agressifs.

13 décembre 2019 : Anuschka van ´t Hooft (Universidad Autónoma de San Luis Potosí, México) "Storybook México. Relatos digitales para promover literacidades para niños en lenguas indígenas"

  • Discutant·e·s : Valentina Vapnarsky (EREA-LESC) et Hilario Chi Canul (Université du Quintana Roo, Mexique)

En el proyecto Storybook Mexico estamos traduciendo dos colecciones de relatos, diseñados para promover literacidades, en varias lenguas indígenas mexicanas. Estos relatos son multimodales (texto, audio e imágenes), son de acceso libre y están disponibles en una plataforma web: https://global-asp.github.io/storybooks-mexico/ Además de generar materiales que se pueden usar en la escuela, en la casa y en contextos educativos informales, queremos atender las siguientes preguntas: (a) ¿Cómo podemos traducir relatos de manera respetuosa desde/en las lenguas indígenas? (b) ¿Cómo podemos colaborar de manera constructiva con comunidades indígenas para promover el desarrollo de la lecto-escritura en la lengua materna? Con ello, pretendemos contribuir al mejor entendimiento de las prácticas culturales de traducción en las lenguas indígenas. En la plática se compartirán las experiencias con las traducciones al maya, tének (huasteco) y xi´iùy (pame norte).

L’intervention se fera en espagnol

17 janvier 2020 : Ana Gabriela Morim de Lima (post-doctorante à l’Université de São Paulo / PALOC-IRD, MNHN) "La culture de la patate douce : genre, parenté et rituel chez les Krahô (Brésil Central)"

  • Discutant : Cédric Yvinec (CRBC)

Différentes ethnographies soulignent l'importance des plantes cultivées chez les peuples amérindiens de langue jê, en raison de la diversité des espèces et des variétés, de leurs usages alimentaires, et aussi de la place centrale qu'elles occupent dans leurs organisations socio-rituelles et leurs cosmologies. Parmi les Krahô, peuple Timbira-Jê du Brésil Central, les savoirs associés aux plantes cultivées sont indissociables des récits mythiques, des chants et performances rituelles, des relations de genre et de parenté, ainsi que des conceptions éthiques et esthétiques. Dans cette présentation, je proposerai une ethnographie du cycle de vie de la patate douce pour montrer que son importance ne se limite pas à la sphère alimentaire, mais qu’elle est cultivée en tant que parente, qui pense et sent, voit et chante le monde. De la plantation et la naissance à la maturité et la récolte (moment où les Krahô réalisent la « Fête de la Patate-Douce »), en passant par la croissance et par l’ensemble des interdits qui entourent sa culture et l’alimentation, nous verrons que son existence est intimement liée à celle des humains et en particulier des femmes qui la cultivent. Les relations entre les agricultrices humaines et leurs plantes cultivées font aussi partie d'enchevêtrements relationnels qui impliquent d'autres plantes, animaux et êtres, ce qui devient visible dans la vie quotidienne dans les jardins et aussi dans les contextes rituels.

28 février 2020 : Magali Demanget (Université Paul-Valéry) "Un patrimoine ambigu : la célébration des défunts en terres mazatèques (Mexique) "

  • Discutante : Marie Chosson (INALCO)

Objet classique de l’anthropologie, la thématique de la mort, en particulier les relations de proximité que les communautés amérindiennes entretiennent avec les défunts, ont amplement mobilisé l’intérêt de l’anthropologie américaniste. Au Mexique, cet intérêt prend un tour spécifique alors que l’étroite connivence du peuple mexicain avec la mort constitue un thème récurrent inscrit dans la biographie de la nation. Anthropologique, l’objet est également politique, comme le montre la multiplication des actions nationales aussi bien touristiques, culturelles qu’indigénistes déployées autour des festivités de Todos Santos depuis leur consécration comme Patrimoine Culturel Intangible sur la scène de l’Unesco. Notre présentation intégrera cette double perspective en abordant le dispositif de la célébration des morts dans les hautes terres mazatèques. L’essor des politiques culturelles locales, qui a entrainé une multiplication des manifestations chantées et dansées du retour des « Gens du nombril » (Cha xo’o), atteste à la fois du capital de créativité des habitants et de l’importance sociale de cette célébration. Il rappelle en outre que la question de la mort constitue le lieu privilégié de l’expérience de la temporalité et de la création de continuité avec du discontinu. Dès lors, il s’agit de considérer conjointement les implications des constructions patrimoniales, la diversité des performances liées au retour des morts, mais aussi le complexe des rapports domestiques et intimes aux défunts. Nous montrerons ainsi que la greffe du dispositif patrimonial n’est que partielle, puisqu’elle implique nécessairement imbrication et coexistence avec des régimes de pérennité autres que patrimoniaux. Les multiples usages sociaux des défunts, témoins de la pluralité des rapports collectifs au passé, ne sont-ils pas, finalement, l’expression de la tension entre l’« espace d’expérience » et l’ « horizon d’attente » d’une société indienne en situation de changements accélérés ?

20 mars 2020 (salle M. & D. Lombard, 96 bd Raspail 75006 Paris) : Séance annulée Valérie Robin (Université Paris Descartes) Présentation de son dernier ouvrage : Sur les sentiers de la violence. Politiques de la mémoire et conflit armé au Pérou, éditions de l'Institut des Hautes Études de l'Amérique Latine (IHEAL), Presses de l'Université Sorbonne Nouvelle, 2019.

  • Discutant·e·s : Anne-Marie Losonczy (EPHE) et Michel Naepels (CNRS/EHESS)

Extrait de la 4e de couverture : Basé sur des enquêtes menées dans les Andes quechuas d’Ayacucho, cet ouvrage interroge les séquelles du conflit fratricide qui endeuilla le Pérou à la fin du XXe siècle. Cet épisode opposa l’État aux maoïstes du Sentier lumineux et creusa de profondes fractures ethniques, socioéconomiques et politiques. Les violentes disputes qui entourent l’usage des termes terroriste, victime ou héros exercent toujours – à 20 ans de la fin officielle du conflit – un pouvoir performatif sur l’identité et le destin de nombreux individus. Dans ce contexte, comment se construisent de nos jours les mémoires de la guerre ?

Pour le comprendre, Valérie Robin Azevedo s’est intéressée aux bricolages sémiotiques qui permettent aux communautés quechuas les plus éprouvées par la guerre d’évoquer la violence. Influencés par un discours hérité de la Commission de la vérité, mais aussi par l’imaginaire culturel andin, ces configurations inédites forment autant de chemins de traverses dans la quête d’un vivre ensemble apaisé. Décalées par rapport au modèle prôné par la justice transitionnelle, les dynamiques mémorielles analysées ici sont peu visibles dans l’espace public national. Pourtant, elles révèlent la valeur symbolique et sociale des procédés alternatifs de gestion du passé en contexte post-conflit. Sur les sentiers de la violence constitue à ce titre un essai original d’anthropologie des mémoires de guerres civiles.

24 avril 2020 : Birgit Müller (IIAC-LAIOS) "Les vents capitalistes dans la culture de la milpa. Transformations du rapport au sol, aux plantes et au feu dans un village au Nicaragua"

  • Discutant : Nicolas Elisson (EHESS)

La façon dont les agriculteurs au Nicaragua cultivent leurs champs trouve ses racines dans les héritages historiques, juridiques et économiques de la colonisation qui remontent des siècles. Les cadres juridiques, les stratégies politiques et économiques ont transformé les paysages du haut plateau de Carazo au Nicaragua de maintes manières, allant d'une dépossession violente et d'interventions politiques radicales à la minutie des paperasseries fastidieuses déclenchant d'innombrables petites décisions pratiques. Les vents capitalistes ont balayé ce paysage au cours des siècles, laissant progressivement des traces sur les hommes, les sols, les plantes et les animaux. Lorsque nous descendons du haut plateau de Carazo jusqu'au village de La Quebrada au mois d'avril, les champs et pâtures sur les collines nues érodées brillent d'un brun rouge. Autrefois couverts de denses forêts, ce paysage porte les traces des soins humains et de leur négligence, des rêves prométhéens et des stratégies de survie humbles : collectivisation et parcellisation, réforme agraire et accaparement des terres, érosion et mesures de lutte, irrigation et désertification. Dans cette intervention je mettrai en rapport les grands traits de l'histoire coloniale avec ses acteurs non-humains.

15 mai 2020 : Agnès Clerc-Renaud (Université de Strasbourg) "Des figures de la médiation dans le Brésil rural : saints, prêtres et parrains"

  • Discutante : Véronique Boyer (CRBC)

Une abondante littérature anthropologique traite de la parenté rituelle établie par le baptême catholique en Amérique latine. Sa plasticité, souvent soulignée, sera ici revisitée à partir de quelques-unes des multiples occurrences rituelles qui l'instaure dans le Brésil rural, à partir de matériaux ethnographiques issus d'une localité du Nord-Ceará, mais aussi d'enquêtes menées par des anthropologues brésiliens et états-uniens au cours des soixante dernières années sur l'ensemble du territoire. Les ressorts d'une telle plasticité seront réinterrogés à partir de la place qu'occupent ses protagonistes, filleuls, parrains, prêtres et saints dans les cosmologies catholiques locales d'une part, à partir des modalités d'articulation de ses deux dimensions constitutives, intra-générationnelle (parrainage) et inter-générationnelle (compérage) d'autre part. Si l'analyse comparative fait apparaitre le complexe baptismal comme un véritable « dispositif de créolisation » dans un contexte socio-historique de relative hégémonie catholique, la mobilisation de la catégorie de médiation religieuse permettra des hypothèses sur sa prégnance et sa postérité dans un Brésil où la pluralité religieuse est désormais de mise.

19 juin 2020 : Sara Shroukh (LAS) "Arts de la mémoire et théâtre d’évangélisation en Nouvelle-Espagne (XVIe siècle)"

  • Discutante : Aurore Monod Becquelin (EREA)

Les missionnaires eurent largement recours aux artes memorandi et au théâtre édifiant pour mener à bien leur entreprise d’évangélisation. En nous appuyant sur des exemples relevés de la tradition européenne de l’exégèse de la liturgie sacramentelle et de la littérature missionnaire ibéro-américaine, nous chercherons à montrer comment s’articulent ces deux pratiques, mnémonique et dramatique.

Aires culturelles : Amériques,

Renseignements :

Anath Ariel de Vidas

Adresse(s) électronique(s) de contact : anathari(at)ehess.fr

Dernière modification de cette fiche par le service des enseignements (sg12@ehess.fr) : 16 mars 2020.

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